Tunisie – Communauté subsaharienne: Entretien avec Rachid Ahmed, ex-président de l’AESAT

INTERVIEW SUBSAHARIEN

L’équipe d’AfroPlanete part à la rencontre de monsieur Rachid Ahmed, tchadien et ex président de l’AESAT qui est parmi les personnes qui ont œuvré et continuent d’œuvrer pour le bien être des étudiants et stagiaires subsahariens en Tunisie

.Afroplanete: Qui est Rachid ?

Rachid: je suis Rachid Ahmed Souleymane, architecte stagiaire qui a servi la communauté subsaharienne ici en Tunisie. Je suis célibataire sans enfant pour le moment. 

Afroplanete: votre cursus scolaire ?

Rachid: après mon Bac j’ai fait une année de langue au Ghana et après je suis venu en Tunisie où j’ai commencé ma première année d’architecture à l’Université Libre de Tunis. J’ai fait trois(03) ans et j’ai continué à l’université d’architecture audio-visuelle et design où j’ai soutenu l’année dernière.

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Afroplanete: Pourquoi avoir choisi la Tunisie après le Ghana ?

Rachid: c’est vraiment à défaut de pouvoir trouver une place en France que je suis venu en Tunisie. On s’était pris un peu trop tard et les inscriptions étaient terminées et la Tunisie était la seule opportunité en termes de qualité, de prix et d’accessibilité car en ce moment il n’y avait pas de délai

Afroplanete: Comment êtes-vous parvenus à la tête de l’AESAT sans avoir été président d’une association estudiantine ?

Rachid: Rire…Ma première année j’ai assisté à une activité de l’association tchadienne et à l’époque j’étais avec des amis avec qui j’étais au Tchad, qui eux sont venus directement avec le bac en Tunisie mais moi j’ai perdu plus de 2 ans avant de venir en Tunisie et parmi nous il y avait un qui était dans le bureau de l’AESAT sous le mandat de Raoul Foné et quand Raoul Foné s’est levé pour nous parler de la vie associative, moi j’ai dit à ceux qui étaient à côté il faut que moi j’intègre cette association.

Et puis ma première année à acheter de l’eau et laver les maillots des joueurs et je le dis toujours. La deuxième année j’ai intégré le bureau exécutif de ma communauté, la troisième année, j’ai voulu briguer la tête de la communauté mais en fin de compte je me suis retrouvé candidat à l’AESAT, il n’y a pas eu d’élections cette année en question mais on a servi l’AESAT et aidé la transition qui était géré par Blamassi Touré, à la fin de ce bénévolat, tout le monde était unanime que Rachid avait les qualités nécessaires pour gérer la vice-présidence de l’AESAT. J’ai été vice-président, j’ai dirigé un intérim de sept(7) mois et à l’issue de cet intérim, j’ai été élu président de l’AESAT. C’est tout un cursus et j’ai fait mes preuves tout le long du cursus pour arriver à la tête de l’AESAT.

Afroplanete: Que faut-il retenir de votre mandat à la tête de l’AESAT ?

Rachid: il y a trois choses que je retiens de mon mandat de l’AESAT :

  • Mandat d’autofinancement où fait aucune demande de sponsoring et organisé plus d’activités que les autres bureaux qui nous ont précédé, on avait une stratégie très claire pour gérer les finances
  • On a créé un certain engouement, un certain dynamisme autour de cette association, on avait plus d’une centaine de bénévoles qui nous harcelaient pour travailler et c’était quelque chose de magique et les anciens nous ont appelé pour nous féliciter
  • La toute première manifestation contre le racisme dans le monde arabe que mon bureau a organisé et beaucoup n’étaient pas d’accord car ils avaient peur, ils ne savaient pas comment les choses allaient se dérouler. On a estimé que c’était le bon moment pour exprimer notre mécontentement et cela a eu un écho international et le monde entier en a parlé

Voilà moi les trois choses que je retiens de mon mandat.

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Afroplanete: Et quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant votre mandat ?

Rachid: C’était surtout le management de mon emploi du temps, l’école, l’AESAT et le repos personnel, parce qu’on ne se repose pas quand on est président de l’AESAT et on manque tout temps de sommeil et on a vraiment du mal à gérer les études et les activités de l’AESAT. Aussi l’aspect financier, malgré qu’on avait un cahier de charges pour tout ce qui est finances de l’association et tout le monde n’a pas rempli sa part d’engagement et cela a créé énormément de blocus.

Afroplanete: Quelle est votre plus grande réussite à la tête de l’AESAT ?

Rachid: ma plus grande réussite à la tête de l’AESAT, Blamassi Touré a créé le concept et a dit comme il y a des étudiants créons une activité pour leur souhaiter la bienvenue et moi j’ai pris l’idée de Blamassi pour l’améliorer et j’ai créé la caravane Marabhébik fi-tounes. Tout est parti d’une visite à l’époque où j’étais vice-président avec le président Toussaint Baboula, il y avait beaucoup de conflits dans la section de l’AESAT Sfax, et nous sommes allés pour essayer de régler et sous le chemin du retour j’ai dit président on doit faire une tournée pour voir tout ce qui se passe dans les villes parce que tout ce qu’on a vu et écouté est inacceptable pour moi.

Les étudiants n’étaient pas vraiment informé de leurs droits et devoir, nous l’ignorons ce qui se passait. Quand j’ai commencé à diriger l’intérim j’ai dit on fait une caravane et on est allé, on a fait le tour, on a écouté leurs problème et on leurs a donné des informations basiques pour nous mais judicieux pour eux et cela a créé un engouement et on a mis sur place le premier plaidoyer de l’AESAT à la deuxième édition de la caravane Marhabébik où on a sorti la deuxième version qui était une version finie par rapport à la première version et se plaidoyer est utilisé actuellement par le ministère tunisien de la société civile, il est déposé à l’assemblée nationale, le ministère tunisien de l’enseignement, l’OIM, le HCR, Tunisie Terre d’Asile, tout ce monde travail avec ce plaidoyer jusqu’aujourd’hui. C’est pour moi une très grande fierté et suite à cette caravane on a mis en place la section de Sousse. En terme d’initiative c’est la caravane qui me rend de plus fier et surtout que nous sommes à la cinquième édition.

Afroplanete: L’exonération est un acquis de l’AESAT, mais son applicabilité pose problème.

Rachid: Concernant ce problème en grande partie c’est nous qui avons tort, parce qu’il y a des gens qui  ont de cela un bisness et les autorités tunisiennes ne sont pas dupes car elles se sont aperçues. Il y a d’autres qui veulent outrepasser l’AESAT parce qu’ils savent où se fait l’exonération et quand les autorités tunisiennes se rendent compte de tout ce désordre je pense qu’il est naturel de prendre des dispositions et voilà d’où vient le problème de l’applicabilité. Les conditions ont été durcies à juste titre, mais personne ne peut se plaindre qu’on n’applique pas.

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Afroplanete: Nous avons eu des informations selon lesquelles certains postes de police refusaient les documents d’exonération ?

Rachid: Au début oui mais il y a eu des sections d’informations où les policiers ont été informé par rapport à l’exonération et ça passe. Vous savez c’est à l’image du continent où tout n’est pas vraiment bien contrôlé, il y a les textes qui sont là mais l’applicabilité ne suit pas toujours et c’est là où nous avons toujours demandé aux personnes qui ont rencontré ce problème de revenir toujours vers l’AESAT pour les accompagner.

Afroplanete: Donnez-nous votre point de vue sur le fléau de la traite des êtres humains ?

Rachid: quand j’étais président, j’ai eu énormément de cas de traite et chaque fois que je suis tombé je suis cas de traite, je l’ai toujours pris sur un plan personnel, je me suis impliqué et j’ai hébergé des gens chez moi, des victimes de la traite. On ne peut pas voir des gens quasiment dans une posture d’esclavage et ne pas être touché. C’est un problème qu’on a vraiment dénoncé et je suis très ravi que la loi contre la traite a aboutie parce que l’AESAT s’est énormément battue pour cette loi.

Afroplanete: quelle est votre proposition pour lutter efficacement contre ce fléau ?

Rachid: vous savez c’est un bisness qui rapporte par mois plus de 100.000 dollars américains et tant qu’il y aura de l’argent, on coupe une tête, deux autres vont repousser. Je pense que c’est ceux qui sont en Tunisie qui doivent décourager ceux qui veulent venir et le problème c’est qu’on ne peut pas décourager les gens  parce qu’on ne sait pas qui organise. Dans les différentes missions qu’on a eu à mener, on a fait une enquête avec Tunisie Terre d’Asile, l’AESAT et Tunisie Terre d’Asile, cela a été géré par la coordinatrice et moi avec deux autres membres. On nous parle de certains employés de certains corps diplomatiques, de certains employés de différentes structures administratives tunisiennes, de certains hommes d’affaires, c’est un cocktail qui selon moi dépasse l’AESAT et je ne pense pas que l’AESAT puisse faire quelque chose à par accompagner ceux qui seront dans le besoin. Par contre, du côté de la Tunisie il faut les condamnations se multiplient.

Afroplanete: vous concernant que faites-vous à présent ?

Rachid: je travaille dans l’entreprise familiale, un cabinet d’architecture et je suis en Tunisie par rapport à ces activités.

Afroplanete: Et dans 10 ans Rachid sera dans quelle posture ?

Rachid: je me vois dans une posture d’homme d’Etat

Afroplanete: la politique ?

Rachid: Oui la politique, l’architecte est pour moi  parmi les différents corps de métiers qui peuvent exister sur terre pour moi l’architecte est tout en haut de l’échelle est ce qui concerne la vie politique d’un pays. Les infrastructures sont les premiers indices de développement d’un pays et qui est en charge c’est l’architecte. Si le développement d’un pays en thème d’infrastructures est très bien réfléchi et cela peut donner une certaine impulsion sociale, il y aura plus de travail, moins de problèmes, sans s’en rendre compte l’architecte influence la vie de tout le monde.

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Vous savez le Tchad est un pays extrêmement riche mais qui est très pauvre actuellement, notre sous-sol est très riche de toute sorte de matières premières sauf le diamant et la population Tchadienne est peut-être la population qui souffre les plus en Afrique. Comment aider la population si ce n’est de réfléchir à un projet de développement.

Afroplanete: votre mot de fin.

Rachid: ce que je peux dire, n’ayez jamais peur de vous engager, quel que soit le défi qui est devant vous n’ayez pas peur de vous engager. C’est par l’engagement qu’on change tout ce qui ne nous plait pas. Alors soyons le changement que nous voulons, c’est par l’engagement que le peuple tunisien a fait sa révolution, c’est par l’engagement que les romains ont bâti Rome, c’est par engagement que les égyptiens ont construit les pyramides et c’est par engagement que nous jeunes africains pourrions faire quelque chose pour notre continent.

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