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Tunisie: Les doléances d’une juriste tunisienne au président Kais Saied en faveur des subsahariens

Khadija Taoufik Moalla , une juriste tunisienne a dans une lettre ouverte adressé un message au président tunisien, Kais Saied en faveur de la communauté subsaharienne en Tunisie.

Monsieur le Président,

Vous avez décidé d’amnistier les pénalités de retard de paiement pour les Tunisien(nes) pour certaines redevances, et c’est une excellente décision car elle permettra aux citoyens de régulariser leur situation juridique et offrira des rentrées de fonds au pays.

Aujourd’hui, il est plus qu’urgent d’étendre cette même amnistie à nos frères et sœurs Africains qui vivent des conditions humanitaires des plus difficiles sur notre territoire. En effet, de même que nous sommes toutes et tous de fervents défenseurs des droits de notre diaspora à l’étranger, pour qui nous rêvons de la meilleure intégration possible dans leur pays d’accueil, nous nous devons de protéger les immigrés qui vivent sur notre sol.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous décrire le calvaire que vivent ces immigrés principalement de la Côte d’Ivoire mais aussi d’autres pays de l’Afrique Sub-saharienne.

Comme nos compatriotes qui quittent notre pays pour aller à la recherche d’un emploi à l’étranger, les Africains, de leur côté, viennent aussi chercher un emploi dans notre pays. Cela dénote d’un sentiment et d’un comportement tout à fait naturels de tous parents qui se respectent et qui se sentent responsables du bien-être de leurs enfants. En général, ils entrent dans notre pays, avec un visa de tourisme de trois mois. Dans la majorité des cas, c’est un de leurs compatriotes qui aura avancé l’argent de leur billet d’avion, ce qui les oblige à travailler au moins les 10 premiers mois pour rembourser ce billet d’avion (environ 3500 DT). Ils devront après travailler doublement pour nourrir leurs familles et justifier ainsi leur choix d’émigration.

Cependant, le problème auquel ils se trouvent confrontés, c’est l’accumulation des 80 Dinars par jour, de pénalité pour n’avoir pas quitté le territoire Tunisien à l’expiration de leur visa. Or, du moment qu’ils sont obligés d’envoyer leurs salaires pour faire vivre leurs enfants, restés au pays, ils se trouvent dans l’impossibilité de rembourser deux, trois, voire quatre ans de pénalités, dont le montant sera devenu exorbitant au fil des ans. D’où la situation dramatique de ces immigrés qui se trouvent non seulement incapables de quitter le territoire Tunisien, mais qui sont condamnés à être privés de rendre visite à leurs enfants. Cette situation est humainement inadmissible et n’est pas digne de notre pays, car pouvoir voir ses enfants, au moins une fois par an ou tous les deux ans, est un droit humain universel inaliénable que notre pays ne devrait pas enfreindre sous aucun prétexte.

Monsieur le Président,

Je suis convaincue qu’il est de l’intérêt de la Tunisie de montrer au reste du monde notre compassion, empathie et notre solidarité envers des personnes dont le seul tort a été de vouloir faire vivre leurs familles décemment et qui sont prêts à tous les sacrifices. C’est la même solidarité que nous n’arrêtons pas de réclamer des pays d’accueil à l’encontre de notre diaspora à l’étranger. N’adoptons donc pas la politique de deux poids deux mesures et soyons conséquents avec nous-mêmes et nos principes.

Par ailleurs, ces immigrés ne possèdent pas de couverture sociale ni aucune assurance maladie, vu que leurs employeurs ne sont pas prêts à signer un contrat de travail avec eux, et encore moins à verser des cotisations. Comme tous les Tunisien(nes) qui travaillent dans l’informel, ils ne peuvent jamais régulariser leur situation, ni bénéficier d’aucune protection sociale. De plus, n’ayant aucune existence légale sur notre sol, ils ne peuvent même pas porter plainte contre les violations de leurs droits, ni contre aucune agression. Il est du devoir du gouvernement et de la société civile d’organiser des campagnes de sensibilisation afin de promouvoir la protection des droits de toute personne qui nous fait l’honneur de vivre sur notre territoire.

Monsieur le Président,

L’amnistie qui a été accordée aux Tunisien(nes) devrait être étendue aussi à ces immigrés. Ils pourront ainsi choisir de rentrer au pays en n’ayant à payer que leur billet d’avion, qui est déjà une somme assez lourde pour leurs maigres salaires. Permettons-leur de garder le meilleur souvenir de leur séjour dans notre pays qui leur a permis de faire vivre décemment leurs enfants et garantissons qu’ils puissent le quitter dignement, sans être obligés de fuir en mer avec tous les risques que pareil choix implique! Ne soyons pas coupables de non-assistance à personne en danger en prévenant pareil choix potentiel.

En tant que Chef de tous les Tunisiens et Tunisiennes que vous devez protéger de tous danger, ayez l’obligeance d’étendre cette protection à toute personne qui vit sur notre sol. Ces personnes subissent le racisme de certains Tunisiens qui pensent à tort que ces personnes leur ont volé leur emploi. Ce sentiment est aussi ridicule que celui de certains Européens qui pensent aussi que les immigrés leur ont volé leur emploi. Le racisme est un des sentiments les plus abjectes qui soit et il est encore plus abject quand il est accompagné d’attitudes racistes, voire d’actes de violence.

Ne permettons pas que notre pays devienne un pays raciste, car nous avons une histoire et une tradition d’être un pays d’accueil des plus hospitaliers qui soit. Veillons à le rester !

source: leader

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