Une jeune Nigériane de 18 ans, originaire de l’État de Benue, a brisé le silence sur les mois d’horreur qu’elle a vécus au sein d’un réseau de trafic sexuel au Mali. Son témoignage, livré à la presse peu après son retour à Makurdi, lève le voile sur une filière organisée qui cible les femmes vulnérables sous couvert de fausses promesses d’emploi.
Un piège soigneusement tendu
En mars 2026, la jeune femme — dont l’identité demeure protégée — est approchée avec trois autres filles par des trafiquants leur faisant miroiter des opportunités professionnelles lucratives à l’étranger. Le voyage démarre dans l’État de Benue, traverse Otukpo, Enugu et Lagos, avant de franchir plusieurs frontières d’Afrique de l’Ouest par des voies clandestines, en direction du Mali.
À Lagos, les filles sont contraintes de se déguiser en vendeuses d’eau en sachet, le temps que leurs ravisseurs organisent la suite du périple. Le réseau, visiblement rodé, leur fournit de faux documents d’identité aux noms et âges falsifiés, et emprunte des sentiers de brousse pour contourner les contrôles aux frontières.
L’enfer malien
À leur arrivée au Mali, les filles sont immédiatement séparées et confiées à différents trafiquants. Téléphones et documents de voyage sont confisqués sur-le-champ. Les emplois promis n’existent pas. La réalité qui s’impose est brutale : prostitution forcée, remise intégrale des gains au proxénète, un seul repas par jour, agressions physiques répétées et menaces permanentes.
Certaines victimes auraient été soumises à des rites traditionnels de serment, destinés à les dissuader de fuir tant qu’une dette — arbitrairement fixée par leurs bourreaux — n’était pas remboursée. La jeune rescapée raconte avoir été contrainte de recevoir jusqu’à une vingtaine de clients par jour, et d’être battue dès qu’elle osait questionner les règles ou ne pas atteindre les attentes fixées.
Sa santé s’est rapidement dégradée. Les frais médicaux, loin d’être pris en charge, ont été ajoutés à sa dette, réduisant à néant les maigres sommes qu’elle parvenait à accumuler. « J’ai donné près d’un million de francs CFA et je n’étais toujours pas libre, alors je me suis enfuie », confie-t-elle.
L’espoir surgit lorsqu’elle parvient, en secret, à contacter une connaissance au Nigeria, qui la met en relation avec un réseau d’aide aux victimes de traite. L’opportunité de fuir se présente par hasard : son geôlier, ivre, laisse involontairement de l’argent à sa portée. Elle saisit l’occasion et s’échappe du camp où elle était retenue.
De retour à Lagos, c’est Alexander Fanafa, directeur général de Benue Links Nigeria Limited, qui facilite gratuitement son transport jusqu’à Makurdi.
La rescapée alerte sur le sort de nombreuses jeunes Nigérianes toujours retenues au Mali, dont certaines sont tombées enceintes et se trouvent dans l’incapacité de rentrer au pays. Elle appelle les jeunes femmes à se méfier des promesses de richesse facile et d’emplois à l’étranger, les qualifiant de pièges dangereux.
De son côté, Alexander Fanafa plaide pour un démantèlement urgent des réseaux de trafic actifs dans la région, et interpelle les autorités sécuritaires pour qu’elles identifient et neutralisent les routes empruntées par les trafiquants — dont l’activité, avertit-il, continue de compromettre l’avenir de toute une génération de jeunes Nigérians.


